ANALYSE MÉTHODIQUE D'UN CORPUS D'ŒUVRES : EXEMPLE DE SUJET CORRIGÉ.

Ce sujet porte sur la question limitative de "la mise en scène de l'image". Il propose une analyse thématique et trois réalisations dont une issue du programme limitatif.

QUESTION :

À partir de la sélection d’au moins deux œuvres du corpus que vous analysez, développez une réflexion personnelle, étayée et argumentée, sur l’axe de travail suivant : «Less is more». Quand l'artiste en fait moins pour montrer plus.

Vous élargirez vos références à d’autres œuvres de votre choix.

CORPUS :

2.

SOL LEWITT, «Wall Drawing #1171 (Cinq degrés de crayonnages : un cube sans un cube; un cube sans un coin)» (2005-2012), mine graphite sur mur, première réalisation : Roland Lusk, Anthony Sansotta, Première installation : domicile des Glimcher, East Hampton, New York, Centre Pompidou, Paris

3.

JOSEPH KOSUTH, «One and three chairs» (1965), installation, chaise, photographie, impression noir et blanc sur papier, dimensions variables, Centre Pompidou, Paris

1/ Déduire une problématique issue de la thématique proposée.

Une problématique se pose toujours sous forme de question. Cette question commence (de préférence) par "Comment".

L'axe de travail est ici : «Less is more». Quand l'artiste en fait moins pour montrer plus.

Voici quelques formulations de problématiques à partir de cet axe :

  • Comment la formule «Less is more» s'applique-t-elle aux artistes qui réduisent leur intervention personnelle sur les objets qu'ils créent ?
  • Comment les artistes augmentent l'impact de leur création en effaçant leurs gestes ?
  • Comment émouvoir plus en simplifiant son vocabulaire pictural ?
  • Comment l'approche minimaliste enrichit-elle l'œuvre d'un plasticien ?
  • Comment faire de l'art en réduisant les artifices  plastiques ?
  • Comment en faisant simple là où il pourrait faire compliqué, l'artiste rend son travail plus efficace ?

Exemple d'introduction rédigée :

Comment, en en faisant moins, l'artiste montre-t-il plus ? Nous essayerons à travers l'analyse des pièces de Barbara Kruger, Sol LeWitt et Joseph Kosuth de trouver des exemples de cette tendance. En suite, nous étudierons comment un peintre comme Monet dans ses séries et une Dadaïste comme Sophie Taeuber-Arp ont su, dans des registres plus traditionnels des arts plastiques tels que le décor et la peinture à l'huile faire preuve d'économie. En fin, nous recouperont les pistes identifiées qui auront permis de répondre à la question du comment et essayerons de dire ce qui pourrait être le pourquoi de cette tendance.

2/ Choisir au moins deux pièces issues du corpus.

ATTENTION : La présence d'une pièce issue du programme limitatif assure que le candidat sera capable de disserter efficacement sur une des propositions. La sélectionner dans son panel d'analyse n'assure pas pour autant une "bonne note".

Pour l'exercice, je parlerais des trois pièces pour montrer la diversité des directions d'analyse possibles. Je ne rédigerais de paragraphes entiers, à titre d'exemple, que pour la pièce de Barbara Kruger.

Barbara Kruger  :

  • L'emploi d'une palette de couleur réduite réduit les interprétations symboliques.
  • L'emploi des textes courts en anglais assure une compréhension par le plus grand nombre, à l'international.
  • L'emploi d'images et de textes emprunté à d'autres médias rend leur interprétation plus aisée.
  • La disparition du titre invite le spectateur à s'interroger sur le sujet de la pièce.

Sol LeWitt :

  • En ne réalisant pas les pièces lui-même, il invite à se questionner sur le statut de l'objet qui est montré.
  • En économisant les moyens mis en œuvre dans la réalisation de l'image, il attire l'attention sur le processus de création.
  • En rendant la pièce éphémère (reproductible) il questionne sur sa nature même.

Joseph Kosuth :

  • Le sujet formel de l'installation peut changer, son sens reste.
  • La pièce peut être décrite en une phrase.
  • La mise en œuvre pastique n'est pas importante.

3/ Les analyser en lien avec la problématique proposée

Pour chaque pièce, les directions d'analyse doivent être contextualisées au vu des documents partagés, y compris la légende et argumentés au fil de leur description. D'abord, identifier et décrire l'objet d'étude (dénoter). En suite, décrire son lien avec le thème et sa pertinence avec la problématique (connoter et contextualiser). Au total, deux paragraphes par document.

Exemple, d'analyse rédigée. Barbara Kruger :

Avec sa pièce « UNTITLED 1994/1995 (MUSEUM LUDWIG) », Barbara Kruger, ancienne graphiste de publicité, propose une installation in-situ, composée d'éléments visuels et sonores (Nous ne nous intéresserons qua la description visuelle). L'espace d'exposition, si on se fie à l'échelle donnée par les visiteurs présents dans les vues d'exposition, forme un rectangle au sol qui dépasse les vingt mètres de long sur quinze de large et au moins huit de haut. De grandes sérigraphies sur papier, en rouge et noir sur blanc, donnent à voir du texte et des images tirées de films de cinéma et de publicités. Le sol et le plafond sont couverts de texte en lettres capitales blanches sur fond rouge. Les murs se partagent une série de dix grandes images photographiques en noir et blanc de format carrées. À chacune, se superpose, au centre, un bloc de texte en blanc sur noir (illisible sur ces documents) et en bas, une maxime, posée comme un sous-titre en blanc sur rouge. Au ras du plafond, une frise de texte en blanc sur rouge se dessine. À l'arrière-plan un motif de foule noire sur fond blanc s'étale. L'ensemble du texte est rédigé en anglais à l'exception de la frise en allemand. La palette employée par Kruger rappelle celle des constructivistes. Une gamme inspirée des affiches politiques du début du XXᵉ siècle. La composition et le style général du vocabulaire plastique de l'auteur évoque l'imagerie publicitaire. L'ensemble donne à voir un espace saturé visuellement ou le spectateur est dominé, voire écrasé par les images et le texte. Celui-ci est immergé dans des injonctions et flotte dans une information aux couleurs violentes évoquant la signification du danger (rouge-noir-blanc-) dans la signalisation routière.

L'ensemble des signes plastiques accentué par le titre énigmatique (Untitled/sans titre) invite et oblige presque a l'investigation. Pour accentuer l'effet péremptoire et agressif des images et du texte, l'auteur a réduit sa palette à l'essentiel. Ses couleurs sont employées, de par le monde, Pour les panneaux de signalisation. De plus, cette sélection de couleur, est aussi celle des affiches de propagande politique communiste et fasciste du début du XXᵉ siècle. La technique de production de ces affiches, la sérigraphie, est celle utilisée pour produire les images qui composent son installation. La composition, quant à elle, rappelle l'imagerie publicitaire, elle aussi sérigraphiée, des journaux imprimés encore en vigueur aujourd'hui. Ce vocabulaire plastique, emprunté à l'institution (signalétique routière), la propagande (affiches politiques) et au marketing (publicité), accentué par l'emploi exhaustif de la langue anglaise (pour une mise en scène en Allemagne) confèrent à sa pièce une lecture symbolique presque universelle, tant ces codes sont évidents pour un public cosmopolite de grand musée. La simplicité de ces codes plastiques lui permet de délivrer un message clair et explicite quand bien même le texte ou les images ne seraient pas intelligibles pour le lecteur : « DANGER / PROPAGANDE / PUBLICITÉ ». Le détournement des images de cinéma populaire, confère un caractère familier qui fait échos au texte et le renforce, guidant l'interprétation de l'ensemble. Tous les éléments plastiques qui composent la pièce tendent à orienter la lecture vers une évidence : ces injonctions qui bornent l'espace sont des formules populistes dont il faut se méfier. La lecture attentive de ces inscriptions, confirme, après traduction, que c'est de cela qu'il s'agit.

4/ Proposer au moins deux pièces issues de votre culture personnelles.

ATTENTION : La liberté, de choix dans cette partie est grande. Il vous appartient de faire en sorte de proposer des exemples pertinents et d'éviter les ponts artificiels avec les éléments du programme limitatif. Votre rigueur dans la description et l'usage de ces références sera déterminante dans l'évaluation.

Deux exemples d'auteurs de périodes et styles différents qui corroborent, à travers leur œuvre la problématique abordée. Je ne rédigerais plus loin que ce qui concerne Claude Monet.

Claude Monet, les cathédrales de Rouen :

  • Emploi d'un cadrage unique pour que l'attention se porte sur les variations colorées ou lumineuses.
  • Emploi de la photographie comme modère pour éviter les écarts trop importants entre les différentes versions et réduire le temps d'exécution.
  • Rendu non réaliste (impressionniste/flou) qui focalise l'attention sur les variations de lumière.
  • Répétition du même sujet pour mettre en avant la recherche plastique au-delà du lyrisme.

Sophie Taeuber-Arp, décors de l'Aubette :  

  • Vocabulaire plastique à base de formes élémentaires et de couleurs primaires qui assure une lisibilité claire de son travail.
  • Un style graphique qui épouse les éléments architecturaux pour s'y perdre en devenir imperceptible tout en habillant l'espace.
  • Une ambiguïté entre figuration et abstraction qui provoque l'étonnement.

5/ Les analyser en lien avec la problématique proposée

Pour chaque exemple, il faudra donner le contexte historique et social de l'auteur et de la pièce présentée. La description de la pièce pourra rester superficielle, mais devra faire preuve de pertinence au regard de l'analyse qui suivra et de la problématique relevée. Le titre, l'auteur et l'époque sont importants. On appliquera la méthode : identifier, dénoter, connoter et contextualiser.

Exemple, d'analyse rédigée. Claude Monet, les cathédrales de Rouen :

Dans sa série de trente toiles figurant le portail ouest de la cathédrale de Rouen, Claude Monet donne à voir les variations de l'atmosphère floue et lumineuse qui l'habille. Chaque image est un portrait de l'ambiance colorée et lumineuse de la place qu'il voit depuis sa chambre d'hôtel. Quand l'auteur réalise cet œuvre, nous sommes à la fin du XIXᵉ siècle. L'usage de la photographie est de plus en plus répandu chez les peintres, comme complément des traditionnels croquis. Le chef de file de l'impressionnisme qu'est Claude Monet exploite cette technique dans plusieurs autres séries de tableaux, mais jamais de façon aussi systématique que dans celle-ci.

En employant un cadrage unique, Monet évite que l'attention ne se porte pour qui contemple la série, sur autre-chose que la couleur et la lumière. Les détails architecturaux sont identiques, le portail devient un motif récurent sur trente images. La photographie l'aide en ce sens et permet une précision dans la réplication du cadrage très fiable et presque parfaite tout au long de la série. L'aspect flou et imprécis des images, voilant les détails vient soutenir le cadrage monotone et accentue l'attention portée sur la recherche chromatique. En fin, il diminue la portée lyrique de sa série en martelant l'omniprésence de la couleur et le caractère secondaire, voire banal du sujet. Si une cathédrale à part, peut être vue pour un portrait du bâtiment, dès que deux éléments de la série paraissent ensemble, c'est indubitablement la couleur et la lumière qui sont l'objet de comparaisons.

6/ Proposer une résolution de la problématique à la suite de l'analyse.

Ici, il s'agira de faire converger les diverses analyses d'après le corpus et les exemples personnels. Rappeler des exemples et effectuer des rapprochements entre les œuvres et les auteurs sera la clef d'une conclusion réussie (connotation, contextualisation).

Exemple, de conclusion rédigée :

Que ce soit en éjectant le sujet de la peinture pour que le motif du peintre, à la limite du décoratif, ne s'affirme qu'en filigrane au fil d'une série comme chez Monet ; Que ce soit dans une répétition à outrance de symboles simples et socialement évidents comme chez Kruger, les créateurs font souvent un effort pour se limiter au nécessaire dans leur création. S’agissant des arts visuels, l'enjeu est pour ainsi dire toujours de capter l'attention par l'œil. On retrouve d'ailleurs les ressorts de la palette formelle et chromatique réduite de Kruger chez Taeuber-Arp. Sophie, va peut-être plus loin, vers l'abstraction, avec un certain penchant décoratif qui la rapproche aussi, involontairement, de Monet. Ces formes simples qui donnent l'impression que les lueurs du jour et de la nuit sont semblables à travers les rectangles qui éclairent le salon de l'Aubette, sont autant de raisons de ne voir que la lumière en lieu et place des fenêtres, comme on ne voit que l'air que l'impressionniste avait tant à cœur de décrire, moins que les fleurs de son jardin. Kosuth et Le Witt sont sans doute plus intellectuels dans leur approche. Le premier, pourtant comme Monet, éjecte le sujet formel et n'en conserve que sa définition, son motif décliné en volume, en photographie et en définition. Le second, à l'instar de Kruger et Taeuber-Arp semble nous dire par le dispositif qu'il aménage, que le travail que l'artiste impose au spectateur est celui de l'esprit plus que celui de l'œil. Inexorablement, en s'investissant moins dans la substance physique de leur œuvre, les auteurs nous invitent à une implication de la pensée, lyrique, conceptuelle ou les deux, qui par nos sens produit des chocs esthétiques.


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